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La pratique professionnelle du psychologue ne se cantonne pas à la consultation, la rédaction d'articles, le regard qu'il porte sur les situations particulières donnent un autre regard sur le professionnel et son parcours.

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La pratique du psychologue en période de crise sanitaire

Confinement oblige, les psychologues ont vu leur pratique se modifier afin de se mobiliser dans l’effort national de protection de la population.

Les Agences Régionales de Santé, ainsi que la Haute Autorité de Santé, ont invité les psychologues à proposer des consultations téléphoniques ou Vidéo consultations, ce qui interroge sur comment le lien thérapeutique a pu être mis à l’épreuve pendant le confinement ?

Situation inédite, rares sont les psychologues qui exerçaient de leur domicile, l’adaptation nécessaire à ce nouveau dispositif d’écoute et de soutien à distance, n’est pas sans aménagement nécessaire.


Quel aménagement des espaces et des frontières psychiques des rôles qui incombent au soignant dans son quotidien ? La mobilisation psychique dans la mentalisation de la situation, dans la symbolisation de l’autre, de soi, du travail psychique, du lien thérapeutique et du soutien psychologique hors de l’espace d’accompagnement classique. La situation d’inquiétude suscitant l’anxiété de tous a donné à penser les dispositifs afin d’éviter l’effondrement psychique.


L’anxiété

La gestion de l’anxiété de la situation, pour le soignant pris dans l’inconscient collectif de crainte, d’appréhension et dans son rôle de soutien psychologique de l’autre vulnérable, anxieux, en demande d’écoute dans son vécu subjectif de la situation dans un contexte de fragilité psychique.


L’anxiété de la situation sanitaire, le relais d’informations médiatiques, l’accent mis sur des chiffres, le nombre d’hospitalisations, le nombre de morts, le caractère déshumanisé de la situation de peine, de perte, de deuil et quel deuil ! Tout ceci contribue à influer sur la représentation du travail d’un psychologue et de son utilité. Deuil d’un membre atteint du virus qu’on n’a pu accompagner durant sa maladie, deuil d’une vie sociale et affective, certes temporairement, mais avec une forte perte de repères, deuil des projets restés en suspens, deuil d’une illusion de contrôle sur le temps, le mode de vie, la gestion ou encore même deuil de la représentation que nous avions de la notion de santé.


L’anxiété du patient, l’impact sur leur état psychologique, accentuation d’un vécu d’insécurité, comment ne pas susciter de vécu d’abandon avec la perte de repère que pouvait représenter l’accompagnement psychologique. Résonnance incontournable sur le soignant impliqué dans sa dimension humaine, professionnelle et psychique dans la situation de doute.


L’anxiété face au vide, crainte d’absence d’activité, crainte d’être oublié, de disparaitre. Quelle appropriation de la situation d’anxiété, quel investissement de l’espace, quel impact sur le soignant de cette entrée dans l’intimité psychique au sein même de sa propre intimité de vie et de celle de son patient ? Comment s’approprier cette nouvelle pratique clinique ?


La perte de repères, la perte de contrôle, d’anticipation ou de visibilité, incite le soignant à s’inscrire dans une pratique adaptative pour maintenir son activité.


Le cadre

Le cadre théorique concernant les consultations à distance est incontournable pour s’approprier ce dispositif, le soignant a eu à s’informer pour que la thérapie puisse se poursuivre. Tordo (2017) a théorisé sur les spécificités liées à la pratique clinique à distance, notamment sur l’effet du miroir numérique. Le caractère virtuel prédispose à une interprétation autre des enjeux psychiques Haddouk (2016). Principalement sur la notion d’effet miroir de Winnicott, dans un outil numérique menant à se voir dans l’écran, la manière de percevoir le patient par le biais de la caméra de son outil numérique. Contrairement à la téléphonie clinique des plateformes d’écoute d’urgence, le maintien des suivis psychologiques nécessite une inscription spatio-temporelle afin de d’engager une continuité clinique déjà amorcée.


De façon pratique, dans la mesure où l’espace de travail habituel est éloigné du domicile, compte tenu de l’obligation de limitation des déplacements, le lieu de vie devient par conséquent le lieu de travail, partagé, à aménager, à penser et à sécuriser pour la mise au travail du patient. Le choix du bureau, de l’espace de travail, neutralité et régularité de mise pour ne pas perturber plus du cadre habituel. Maintenir la régularité également sur l’heure et le jour de consultation à distance afin d’inscrire le patient dans une dynamique temporelle sécurisante. La mobilisation psychique pour le soignant afin de contenir au mieux la situation de changement s’accompagne d’une rigueur incontournable dans le maintien des objectifs de soins pour le patient.


Le cadre interne du professionnel se doit d’être apaisé afin d’accueillir le patient dans son univers de travail nouvellement créé, aménagé et à apprivoiser.


Les espaces

Comment penser l’espace de travail, quelle délimitation spatiale, dans quelle zone géographique du domicile pour mettre à disposition son appareil à penser à profit d’un cheminement psychique virtuel ou à distance ? Quelle délimitation psychique pour le soignant ?

Tout d’abord, l’espace de vie comme espace de travail. Comment y intégrer une zone de confidentialité, espace neutre qui permette de maintenir une forme d’anonymat nécessaire au lien thérapeutique. Quel endroit choisir, lorsque la promiscuité des espaces des grandes villes, n’avait pas été pensé en anticipation à cette situation inédite ? Le psychologue se retrouve à délimiter les espaces psychiques entre sa propre intimité de vie, au sein de son univers psychique dans un contexte d’irruption du travail dans sa vie privée. Le risque de confusion guettant, l’aménagement du temps de déconnexion, la régularité du rythme de travail et la nécessité d’être à l’écoute de ses limites, pour se préserver d’un éventuel effet de dévoration. Le patient est en demande de mise en sens et pour qui ce travail peut être une question de survie en ce temps de restriction de mouvements. Comment se prémunir de l’invasion possible, de l’anxiété d’une situation d’accompagnement, effet de contagion ou écho à sa propre appréhension de la situation, ce qui invalide toute certitude.

Les frontières étant peu perméables dans ce contexte, qu’elle soit spatiale ou psychique, la délimitation et l’évaluation sont les prémices nécessaires afin de s’inscrire dans une clinique saine.


Le travail clinique

Dans le maintien de la pratique d’écoute et de soutien psychologique à distance, la demande n’est pas effective pour l’ensemble des patients. Cette non adhésion au changement provisoire du cadre de travail, peut s’expliquer à différents niveaux, un matériel informatique ou électronique trop vétuste, la connexion internet trop faible ou simplement la promiscuité du lieu de vie ne permettant pas de s’isoler un temps pour soi et se mettre en réflexion pour soi à côté des autres. A un niveau intra psychique ou le cadre interne ne permettant pas une sécurité facilitatrice au changement, le conflit amenant à renoncer temporairement au suivi malgré l’inquiétude importante liée à la situation de crise.

Quel impact de ce nouveau dispositif du travail psychothérapeutique sur le patient ?

Pour les patients qui ont accepté la modification du cadre habituel de travail, un jeu d’adaptation et de création s’est instauré. Le rituel de la salle d’attente, attendre l’appel Visio ou téléphonique, quelle élaboration autour de la consultation, la préparation de la séance, de ce qui pourrait être abordé, reprendre le fil du travail en cours ou se pencher sur le vécu du confinement.


J’ai pu observer une attention particulière porté mon état de santé, comme si le nouveau dispositif ancré dans une situation de crise transversale et à tous niveaux, permettait l’effet miroir dans l’attention porté l’un à l’autre, ou simplement se rassurer que le soignant se portait assez bien pour pouvoir continuer à les soutenir. Le niveau d’interprétation pourrait également se situer en termes de cadre et de dispositif adaptatif ou la bonne distance dans le lien thérapeutique a été en mouvement laissant un jeu permettant de se défaire de soi et par effet miroir, permettre de s’intéresser à l’autre.


Les consultations téléphoniques à l’instar des Visio consultations, ne sollicitent pas le professionnel de la même manière.

Dans ce contexte du « non voir », la mentalisation de l’espace, l’attention auditive quasi exclusive, l’absence du paralangage, créé une forme d’intimité psychique très particulière mettant en scène le travail psychothérapeutique avec l’enjeu en filigrane de l’après confinement et le retour au cadre classique. Le récit du patient apparait plus franc, moins filtré, compte tenu de l’absence de regard porté sur soi, seule une oreille très attentive et interprétative, permettant l’authenticité de l’intimité psychique du patient.


La consultation virtuelle, quant à elle nécessite des aménagements, nouveau bureau provisoire aménagé chez le soignant, créer un contenant rassurant pour ne pas se laisser déborder ou trop envahir dans sa sphère personnelle, rester thérapeutique au vu des codes et des références déontologiques de la pratique. Espace neutre maintenant la plus grande confidentialité malgré, on l’imagine, la fantasmatique du patient à l’égard du soignant qui le mènera là où il se rassurera de rêver.

La Visio consultation mobilise le soignant dans le virtuel, l’imaginaire, l’auditif et le visuel, comment s’empêcher de ne pas être interprétatif face à la scène qui s’offre à l’écran d’un univers de vie, que le soignant pouvait fantasmer et face auquel il n’a plus le choix que de composer. Inclure ces nouvelles données à la prise en charge, se concentrer sur le discours et ne pas se laisser distraire par les éléments parasites et cliniques du patient, révélateurs de l’environnement de vie, laissant le soignant dans ses interprétations.

Le jeu des espaces, des sons, l’insonorisation difficile malgré les accessoires permettant une concentration auditive plus importante mais n’inhibant pas les sons parasites de la vie qui continue autour de l’espace de travail psychique créé dans l’espace commun.

L’anxiété de la situation de crise est largement évoquée par les patients en perte radicale de repères, interprétation des symptômes, vécu d’angoisses, augmentation des consommations de substances psychoactives, des conduites addictives. La raréfaction des substances illicites au début du confinement, compte tenu de la fermeture des frontières, a mené à l’accommodation par l’usage d’alcool pour palier au manque.


Pour certains, la transgression des règles de confinement reste le seul moyen d’éviter l’effondrement, le deuil du lien social n’étant envisageable que dans une temporalité très limitée. Faire place au vide, d’activité, de relations, reste de loin l’épreuve la plus contraignante ressentie par de nombreux patients. Se confronter à soi, se défaire de ses distractions, de ses occupations habituelles, s’adapter dans un univers de vie personnelle très peu investi jusqu’alors. Faire face à soi, à ses doutes, à ses appréhensions, à ses craintes les plus archaïques d’abandon, de rejet ou de non existence dans le lien social. Le lien social est mis à l’épreuve de façon drastique en cette période de confinement. Comment continuer à exister pour l’autre à distance, lorsque la crainte de la mort domine dans l’inconscient collectif ?


Pour conclure, cette expérience clinique adaptative a eu le mérite de révéler des capacités chez certains patients de créativité et d’engagement dans leur accompagnement psychologique. Pour d’autres, accepter l’absence, le retrait, composer avec l’anxiété ambiante d’une situation de crise inquiétante à divers niveaux. Quant au psychologue, l’expérimentation d’une pratique clinique encore peu ou pas utilisée, ouvrant la possibilité d’imaginer pouvoir moduler l’offre de soins en fonction des patients et des dispositions évolutives des situations.

Quel impact de cette expérience sur nos vécus professionnels, personnels et sociaux ?



Bibliographie :

Frédéric Tordo (2019). Le Moi-Cyborg. Psychanalyse et neurosciences de l‘homme connecté. Paris, Dunod.

Haddouk Lise (2016). L’entretien clinique à distance. Manuel de visio consultations. Paris, Erès.


Cadéac Brigitte, Lauru Didier, « L'entretien clinique au téléphone », Le Carnet PSY, 2007/8 (n° 121), p. 22-24. DOI : 10.3917/lcp.121.0022. URL : https://www.cairn.info/revue-le-carnet-psy-2007-8-page-22.htm


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Rdah TOUALI, Psychologue et Psychothérapeute

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